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Gwenaelle Leguinon, directrice du Syndicat des vignerons bio Aquitaine Limousin Poitou Charentes

Aujourd’hui on s’intéresse à la tendance du bio dans le Bordelais, région qui a le plus d’exploitations en bio en France. Mme Gwenaelle Leguillou est la directrice du Syndicat des Vignerons Bio d’Aquitaine Limousin Poitou-Charentes. Elle répond à nos questions sur le développement du bio dans le territoire Bordelais de ses débuts à nos jours.

Depuis quand les vignobles bordelais ont engagé leur conversion bio ?

L’existence de l’agriculture bio dans le Bordelais date des années 1960 mais la règlementation européenne est seulement arrivée en 1989. Puis, nous avons assisté à une augmentation de la transformation des exploitations jusqu’à 17% d’entre elles aujourd’hui. Les plus fortes accélérations se sont fait ressentir entre 2008 et 2012 avec une reprise notable depuis 2017.

Cet engagement bio concerne davantage les petites ou les grandes exploitations ?

À Bordeaux ce sont d’abord les exploitations moyennes entre (entre 15 et 20 ha) qui ont entamé le mouvement et puis les plus grandes sont arrivées. C’est l’organisation de l’exploitation qui est plus compliqué durant la conversion car il faut pouvoir traiter en 24h sa vigne. Ce sont bien évidemment des recommandations, car le produit appliqué en est un de contact qui se dépose sur la plante et ne pénètre pas son organisme. Il n’y a pas de modification de la plante. Donc, à la moindre pluie tout est lavé et il faut donc recommencer, cela implique donc une bonne coordination et aussi beaucoup de machines et de main d’œuvre.

Cet engagement vient-il d'une demande des consommateurs ou de convictions de viticulteurs ?

La conversation est déclenchée par plusieurs facteurs. Les viticulteurs veulent se convertir car ils deviennent plus sensibles qu’avant à l’environnement et ils veulent aussi protéger la planète. Mais c’est aussi pour des raisons de santé pour eux, comme pour leurs employés, que les viticulteurs veulent sortir du « tout chimique ». Ces changements de pratiques sont dus en partie, en réaction à des situations personnelles de santé. Il existe aussi cependant dans les régions de la conversion, plusieurs démarches environnementales intermédiaires touchant de nombreux domaines (environnement, santé, recherche du terroir, économique et sociétal).

Le marché est-il suffisamment porteur pour que les producteurs soient indépendants financièrement ou des aides sont-elles toujours nécessaires ?

Sous certaines conditions, une période de conversion prend environ 3 ans pour être complétée, un temps nécessaire pour « nettoyer » le sol des intrants chimiques. Il faut un accompagnant durant ce processus qui peut être coûteux. Généralement ce sont des fonds européens, redistribués par la France qui permettent aux exploitants de passer au travers de cette période un peu tendue jusqu’à 5 ans. Le marché prend naturellement ensuite le relais. De plus, nous avons remarqué que la commercialisation en vrac des vins bio permet de les vendre jusqu’à deux fois plus chers que les vins dits conventionnels. L’objectif n’est pas de faire du profit à outrance mais bien de permettre de dégager des revenus suffisants pour l’exploitant.

Au niveau mondial, quel est le classement de la France en matière de vignobles bios ?

Aujourd’hui, 90% des vins bios sont européens (Espagne, France, Italie). Le Bordelais est, pour l’instant, la première région viticole bio de France.

Quel est l'horizon du vin bio sous 10 ans ?

Dans 10 ans, nous espérons pouvoir doubler le chiffre d’Ha exploités en bio. On trouve du vin bio dans toutes les couleurs, des exploitations familiales et des grands crus. Notre objectif est de conserver le côté solidaire et humain de la filière pour ne pas faire du « low cost ». On compte beaucoup sur l’humain. Nous tenons à vendre le vin différemment en essayant de ne pas permettre à certains acteurs de la filière d’en étrangler d’autres. Il faut réussir à plaire au consommateur avec des prix corrects qui permettent à tout le monde de vivre du producteur au distributeur jusqu’au consommateur final. La chance que l’on a, c’est que le vin fait partie des produits pour lesquels le consommateur est prêt à mettre un peu plus d’argent que d’habitude et le faire pour que le vin bio trouve encore plus de légitimité à la différence de prix.

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