Le vin protège du covid : à prendre ou à laisser ?

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Par Didier THOMAS-RADUX, journaliste contributeur Terra Hominis

Deux études scientifiques, l’une de chercheurs de Californie l’autre de l’Université de Taïwan, se sont intéressées aux polyphénols présents dans le vin. Selon ces essais in-vitro, l’acide tannique bloquerait la fixation du virus SRAS-Cov-2 sur les cellules de l’Homme. Fantastique. Alors, faut-il boire du vin pour s’auto-immuniser contre le Covid ? Pas si simple…

« Une nouvelle étude confirme que le vin protège de la covid-19 » titrait le 2 février dernier le site d’information sur le vin Vitisphère (propriété du groupe France Agricole). « Plus de raison de laisser les bars rideaux baissés, bien au contraire, levons le coude pour notre salut ! », étions-nous prêts à clamer haut et fort, « nous allons bouter hors du globe le covid en servant des canons, in Vino Veritas » !

Mais après quelques minutes d’exaltation, le doute s’est invité : ne serait-ce pas trop beau ? Il a fallu donc lire la presse spécialisée et l’étude du professeur Mien-Chie Hung, un biologiste moléculaire de 70 ans et parue pour la première fois en décembre dernier dans le vénérable ‘American Journal of Cancer Research’. Et là, ça se complique : ce n’est pas le vin en soi qui aide à lutter contre le virus SRAS-Cov-2 mais les tanins du vin, particulièrement concentré dans ce noble produit où l’on trouve des flavanols et des proanthocyanidines, qui bloqueraient l’activité de certains enzymes clés du virus.

Illustration avec humour de la situation vaccinale

Des études seulement préliminaires

Face à un tel jargon, mieux vaut s’adresser à des spécialistes : Tristan Richard, professeur de biophysique au département des sciences du vivant de l’Université de Bordeaux et directeur-adjoint de l’Institut des Sciences de la vigne et du vin, reste très prudent : « C’est lié au fait que certains éléments phénoliques avaient des effets protecteurs. Il faut cependant nuancer car il ne s’agit là que d’études préliminaires, sur des cellules animales en laboratoire. Dans l’étude de Caroline du Nord sur l’effet des polyphénols, ils ont utilisé deux variétés de vitis rotundifolia, originaire du Sud-Est des Etats-Unis. Dans ces vitis sauvages, on va trouver des anthocyanes et des glycosides. Pour certains avec des quantités plus importantes que d’autres vignes. Cela pourrait donner des spécificités de résistance aux pathogènes. Dans l’étude de Taiwan, les tanins auraient des effets sur certains enzymes du virus mais ça ne signifie pas grand-chose à ce stade », explique le scientifique.

Mêmes précautions de la part de l’expert en polyphénols, Joseph Vercauteren, professeur de pharmacognosie à l’université de Montpellier : « L’étude du Professeur Mien-Chie Hung, président de l’université de médecine de Taïwan mais aussi professeur d’oncologie aux Etats-Unis a été validée et publiée en décembre dans l’American Journal of Council Research qui est une publication très sérieuse. Cependant il y a quelque chose d’étrange, ou alors une erreur de retranscription de l’article, dans les mesures données par l’étude où le coefficient d’interaction de l’acide tanique est très élevé et impossible. In vitro dans les plateaux de culture cellulaires, on pourrait tester la pénétration du virus, mais in vivo s’il s’agit d’utiliser ces acides taniques pour les effets à inhiber des protéases aux teneurs indiquées dans l’étude, c’est juste impossible tout simplement parce que ça tuerait n’importe quel être vivant », détaille le pharmacologue.

Donc méfiance, à ce stade il est téméraire d’avancer qu’un Calon-Ségur ou un Grange des Pères va vous rendre invincible… Il y a bien sûr tous les travaux qui ont amené à constater à la fin des années 90 un effet santé positif avec le ‘French Paradox’* pour les maladies cardio-vasculaires où les consommateurs modérés seraient moins touchés. Mais là aussi, il ne s’agit pas seulement de boire mais aussi de lire et expliquer avec modération : « La première réserve est de prendre des consommateurs modérés, et il ne s’agit pas de prescrire le vin pour soigner des pathologies. Et on se rend compte à la lecture des études épidémiologiques que la consommation du vin a une importance qui dépasse celle de la plupart des autres aliments car il y a probablement dedans une foultitude de ces fameux polyphénols dont on clame tant l’intérêt. Quand on dit qu’il faut manger 4 ou 5 fruits et légumes par jour, c’est parce qu’ils apportent des polyphénols ! Le vin, qui renferme de l’éthanol, est certainement l’une des boissons les plus riches », analyse Joseph Vercauteren. Pour Tristan Richard, le sujet des effets protecteurs du vin reste un terrain glissant. « Ce qu’il y a dans ces deux études américaines et chinoises, ce sont des résultats intéressants à suivre mais on est encore très loin d’imaginer un traitement pharmaceutique anti-Covid sur ces bases ! », confie-t-il.

Plaisir et prévention ne font pas bon ménage

« Nous on sait que le vin est bon pour la santé, des médecins comme Bernard Serrou, Jean-François Rossi ont fait d’importants travaux là-dessus. Mais après, on boit du vin pour voyager, avoir des sensations, pas pour la santé », analyse Jean-Pierre Granier, directeur technique de l’appellation Languedoc – et ancien pharmacien ! Vais-je boire un verre de vin de plus pour me prémunir du covid ? Non ! » conclut le vigneron. En revanche, à la fin de la pandémie, là il est sûr que l’on sera nombreux à s’en jeter quelques-uns pour fêter ça !!

*Célèbre étude épidémiologique qui a constaté que si les français avaient des taux de cholestérol sanguin équivalents à ceux des habitants d’autres pays industrialisés, les victimes françaises d’infarctus y étaient bien moins nombreuses que celles d’autres pays. Pourtant, les français mangeaient autant voire plus de graisses animales, autant de sel (censé augmenter la pression artérielle) sans parler de leur consommation de tabac. 

Didier THOMAS-RADUX, journaliste contributeur Terra Hominis

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