Jean-Philippe Granier, est gérant de la Maison des Vins du Languedoc qui offre de nombreuses références de vins languedociens. Après avoir obtenu le titre de docteur en pharmacie, Monsieur Granier s’est enrichit d’une formation en tant qu’œnologue. À la direction technique de l’AOC Languedoc depuis plus de 30 ans, il est également vigneron, associé à son frère, au sein du domaine « Le Mas Granier » dans le Gard. Il nous livre ses observations alors que les vendanges battent leur plein.

Propos recueillis par Tristan Geoffroy

Quelles sont les prévisions et quel est le ressenti en ce début de vendanges 2021 et dans le Languedoc et le reste de la France ?

« Dans l'ancien Languedoc Roussillon, c'est une chute d'environ 30%, soit 8 millions et demi d'hectos sur les 12 millions prévus avant les vendanges. Malheureusement, la pluie ne va pas arranger les choses. Pour l'AOP Languedoc de Nîmes à Collioures, les vignobles plus en altitude ont moins soufferts et subiront environ 20 % de perte, car ils sont moins sujets à la sécheresse et on subit moins de chute d'eau et de grêle. En ce qui me concerne c'est sûrement la plus petite récolte depuis 1987, soit environ 30% de moins que prévu car nous avons été épargné par le gel et de grêle. Il y a aussi la pression du mildiou en raison des orages et de l'arrivée du vers de la grappe, qui est arrivé en 3ème génération en raison des vendanges plus tardives, les nuits ont en effet été plus froides qu'à la normale. Pour la Bourgogne et la Champagne c'est tout aussi catastrophique, mais ils disposent de plus de liquidités et de réserves que nous. Autant 2020 a été un millésime à peu près « normal », mais cette année ce sera très dur. »

Jean Philippe Granier

Voyez-vous une différence d'impact financier entre les vignerons en cave particulière et ceux en caves coopératives ?

« Bien sûr. Pour les caves particulières l’impact est rapide voir quasi immédiat. En revanche, pour les caves coopératives l’impact se produira dans 6 mois environ. Les caves coopératives soldent généralement leurs acomptes deux ans après. Malgré quelques réserves de l’année précédente en raison du confinement et de la fermeture des restaurants, les stocks ne seront pas suffisants. Avec le COVID, c’est 30% du vin qui n’a pas été vendu et a fini distillé, mais cette année c’est effectivement l’inverse. Encore aujourd’hui, les orages continuent et il y a certains exploitants qui ne récolteront que 10 à 20% de ce qui était originalement escompté. »

Y-at'il des grandes différences entre les appellations et les terroirs ?

« Oui, parce qu’il y a une grande diversité de climats et de terroirs. Le Roussillon va s’en sortir, mais pour les Corbières et le Pic Saint Loup cela va être très dur. Le gel, le mildiou et les orages sont autant de facteurs aggravants. Nous avons reçu beaucoup d’eau avant la fin des vendanges, des nuits très fraîches en août et des vendanges avec une semaine à 10 jours de retard. »

Des aides seront-elles mises en place face aux faibles rendements ? Aux épisodes de gel ?

« On peut bien sûr s’assurer mais le malheur est que la plupart des exploitants ne le sont pas alors c’est terrible. Ceux qui l’étaient peuvent s’en sortir. Avec les réserves on peut y arriver, mais elles ne sont pas énormes. Mais c’est aussi la fin d’un cycle humain. Les viticulteurs les plus âgés sont fatigués et ne veulent plus continuer. Alors que certains doyens âgés entre 60 et 70 ans pouvaient encore continuer un an ou deux, ces conditions particulièrement difficiles les épuisent et ils préfèrent alors tout arrêter dès maintenant. »

Quelles sont les mesures prises par l'AOP Languedoc pour anticiper les aléas climatiques ? Des mesures conjointes avec d'autres AOP sont-elles envisageables ?

« Pour le réchauffement climatique on y pense depuis 10 ans et on est allé chercher des cépages en Grèce ou en Espagne. Les cépages qui résistent bien à la sécheresse mais malheureusement pas aux gros volumes d’eau. Nous allons assister à une réelle mutation de l’industrie, des changements importants tant en production qu’en distribution. On arrive aujourd’hui à réfléchir à plus de diversité de cépages et de productions, plus de haies et des solutions alternatives à l’irrigation. »

Si vous aviez des conseils à donner afin d'être mieux préparé à l'avenir, quels seraient-ils ?

« Les grappes sont le reflet des conditions climatiques extrêmes, soit totalement sèches soit gorgée de trop d’eau. Il faut à tout prix se diversifier, ne pas faire de grosses parcelles, de grosses quantités et que le viticulteur reprenne aussi un rôle d’agriculteur ou qu’il se lance dans l’oenotourisme. Les caveaux doivent aussi redevenir la source première de capital. Fini le fait de pouvoir amener son vin à la coopérative et de penser que le travail est fait et que le vin est vendu. Il faut désormais s’occuper de vendre le vin. Enfin, il est nécessaire de stopper cette course à la monoculture et aux gros volumes. La compétition étrangère (y compris chinoise) pourra bientôt faire la même chose que nous et il va donc falloir se diversifier. Repenser tout l’écosystème qui tourne autour de l’industrie. « Redevenir une région de vin haut de gamme ». Pour s’assurer d’un futur décent il serait bon de revenir à des mantras tel que : « Une récolte en cave, une récolte sur souche et une récolte à la banque. » Je crois beaucoup à une agriculture durable où on travaille plus avec les gens. On travaille aujourd’hui sur la qualité et une production moins mécanisée car « le vin c’est avant tout un lien social »

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